JACQUES A BOMBAY. SES MOTS, SES IMAGES

Cinq mois et vingt deux jours plus tard, selon Ujwala, je me retrouve enfin à Bombay, je retrouve mes marques et notre dispensaire. Et aussi Jacques, mon ami acupuncteur, un Suisse de la montagne, avec qui j’avais fait le premier voyage d’acupuncture dans les bidonvilles en mai 2007. Avant de reprendre le fil de mes aventures, je vous laisse découvrir Jacques et ses impressions. Enjoy.

05.11.09 Back to India, sans Walter cette fois-ci, qui lui attend son visa en Europe. Ce n’était pas prévu ainsi, nous devions nous rejoindre sur place et travailler ensemble. Peut-être pourra-t-il me rejoindre pour mes derniers jours à Mumbai, je l’espère.
Crainte, il y avait, avant de quitter la Suisse, je gardais le souvenir d’une Inde oppressante, d’un Mumbai qui nous broye et nous avale. Mumbai n’a pas changé, mais Walter a si bien organisé ma venue que mes craintes se sont calmées. Ujwala, notre assistante, super disponible, venant aussi à ma rescousse devant toutes les complications de mon quotidien indien.

Ujwala et Pooja

Je découvre la clinique le lendemain de mon arrivée, moment émouvant de découvrir le travail effectué par Walter ces deux dernières années, le sentiment agréable qui m’a envahi en pénétrant son espace de travail. L’endroit est clair, frais, accueillant, paisible, propre. Une oasis au milieu de la crasse et la poussière. Je m’y sens tout de suite bien.  La clinique se trouve en bordure directe d’un grand bidonville au coeur d’une petite rue commerçante et animée, on n’y croise aucun occidental, mais les gens me laissent tranquille et ne m’assaillent pas, il y a une sorte de respect réciproque. Je me sens hyper protégé.

Ce n’est pas rien ce qu’a réalisé Walter, ceux qui connaissent l’Inde me comprendront aisément.

09.11.09 Voilà maintenant trois jours que je travaille à la clinique, les patients défilent tous les quart d’heure, en moyenne il y a une vingtaine de patients par matinée, une majorité de femmes et comme demande de traitement, la douleur, la douleur et encore la douleur. Genoux déformés, dos brisés, épaules surmenées, corps fatigués, hémiplégie, paralysies, etc… Ujwala est là qui me seconde, assistée de Pooja et depuis ce matin Mohamed vient aussi donner un coup de main et se former. Il est avide de connaissance, je crois comprendre qu’il est issu d’une dynastie d’acupuncteurs indiens, il a surtout l’air de connaître des recettes pour soigner mais ne sait pas diagnostiquer, pas grave il est motivé à apprendre et très enthousiaste.

Pooja se révèle très consciencieuse, charmante, appliquée et aussi très intéressée à apprendre. Je sens la patte de Walter, les exigences qu’il a transmises ainsi que la persévérance qu’il a dû développer pour arriver à ce résultat, parce qu’ici encore plus qu’ailleurs jamais rien n’est gagné.

Nous voilà donc quatre à faire tourner la clinique. Tout se fait dans la bonne humeur et les patientes profitent de l’endroit pour se réunir, refaire le monde, parler de la famille et de que sais-je, cela créée une belle animation, j’entends parfois des gens chanter dans la salle d’attente. Je reçois des petits cadeaux, des caramels.

L’équipe est bien rodée, je n’ai presque rien besoin de demander, les choses se font, les patients défilent, ça roule, c’est super agréable. Les quatre lits sont bien vite occupés et travail il y a, mais je ne ressens pas de stress, tout est si bien maîtrisé par Ujwala et Pooja qui se plient en quatre pour me faciliter la tâche.

Cette expérience humaine me porte et m’encourage à aller de l’avant, je crois saisir où Walter a trouvé la force pour continuer à se battre pour que ce projet se réalise, malgré les obstacles, malgré l’Inde. Je suis heureux d’être là, ravi de participer à cette aventure.

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JACQUES A BOMBAY (2)

15.11.09. Un dimanche indien, réveil par le croassement des corbeaux, cris d’enfants qui pratiquent du cricket «sauvage» sous mes fenêtres. Le téléphone sonne, Ujwala qui s’inquiète de mon programme du jour, si je veux qu’elle passe m’amener à manger. Quelques 10 jours plus tard et pas mal d’angoisses au début, je crois enfin avoir trouvé le rythme de cette ville.

Mumbai m’a mis face à des choses difficiles, je me suis senti dans une perte de repères totale, en danger, hors de tout réconfort possible, je me suis senti comme un petit enfant ayant besoin de tendresse, j’ai du me battre pour sortir de cet état, pour ne pas m’isoler, me faire violence et aller à la rencontre des rumeurs de la rue, cela m’a épuisé.

Heureusement, le travail à la clinique est tellement génial, que cela gomme mes turpitudes existentielles. Il règne à la clinique une ambiance tellement joyeuse, chaleureuse. Pas un jour, surtout le jour des dames, sans des rires, des mots sympas, des regards complices, rieurs. Quel bonheur de pratiquer comme cela, du monde dans toutes les pièces, ça cause, ça échange. Des nouveaux patients débarquent, mis au courant de la reprise de l’activité de la clinique.

Chaque jour des mots de tendresse, des retours positifs, des corps soulagés par les traitements, moins de souffrance, me dit-on, un climat de confiance s’est établi, les patients n’ont plus peur de se lâcher, de parler, de dire, de raconter leur vie. Avant-hier, une femme est restée toute la matinée à la clinique, faisant la pitre, jouant la maman pour les autres patientes, jeu de rôle hilarant qui a fait se tordre de rire la majorité de l’assemblée du jour, j’en ai gardé le sourire toute la matinée, contaminé par cette joie de vivre enfantine, si simple, si touchante. Il y a bien sûr, le poids du quotidien de ces gens qui est là, leur vie difficile, leurs soucis, l’effort permanent pour s’en sortir.

J’essaie de donner le meilleur de moi-même, de rester humble, j’essaie de pratiquer une acupuncture la plus simple possible. Je me sens aux sources de cette médecine ancestrale, j’ai la sensation d’être dans le juste, d’être à la bonne place, que notre projet rêvé il y a quelques années autour d’une table de bistrot en Suisse est dans le juste, qu’il va dans la bonne direction, qu’effectivement, l’acupuncture est une vraie médecine sociale, transmissible, reproductible et hautement efficace. Je me projette déjà dans le futur et m’imagine revenir ici pour seulement observer la pratique des acupuncteurs formés par nos soins.

Ujwala commence à piquer, Mohamed sur mon injonction, pas très enchanté, fait le cobaye. Pas d’exercices pratiques sur les patients.

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KAFKA SUR LE RIVAGE INDIEN

Je vous comprends bien, vous ne comprenez pas ce que je fais encore sur le sol belge. J’ai dû faire quelques efforts aussi. Je dois à chaque fois expliquer à mes questionneurs que les voies de l’administration indienne sont impénétrables. J’ai toutefois essayé d’être plus objectif et complet à ce sujet. Voici à peu près la dernière explication que j’ai envoyée à un ami curieux de comprendre….

Les autorités indiennes ont changé il y a peu leur politique vis à vis des ONG (qui se comptent par dizaines de milles) et autres travailleurs sociaux).
Je pense que la raison de ce changement présente plusieurs facettes:

– les attentats à Bombay en novembre 2008 ont été partiellement financés par d’obscures ONG.
– d’autres ONG beaucoup moins obscures mais pas toujours recommandables s’adonnent à diverses activités illicites: souvent du commerce mais parfois des trafiques peu reluisants, d’après ce qu’on m’a dit, l’appât du gain fait faire de tristes choses aux hommes.
– pour des raisons que je suppose économiques, les services consulaires belges ont fortement réduit le débit des visas octroyés à des pays comme l’Inde et la Chine, et parfois de manière fort cavalière, ai-je entendu dire. L’Inde riposte en serrant le robinet aux ressortissants belges.
– le gouvernement indien (moi aussi) se méfie comme de la peste des initiatives humanitaires cachant des actions évangéliques.
– l’Inde en plein essor économique prend sa revanche sur le passé et un vent nationaliste souffle sur la région: ce que l’on peut faire nous-même ne sera plus fait par des étrangers.

Tout cela peut expliquer leur position par rapport aux ONG. Ce n’est jamais que mon avis et celui de ceux qui m’entourent.

Il y a évidemment du burlesque qui vient s’en mêler: pour ne pas prendre position ouvertement, j’imagine, le Ministère des affaires étrangères indien n’a pas édité cette année la liste des ONG agréées et donc autorisées entre autres à inviter des travailleurs sociaux (tel que moi-même). Ce qui signifie que depuis 4-5 mois les ambassades doivent demander l’autorisation à Delhi pour octroyer le fameux visa de volontaire. Mais, fait plaisant, Delhi ne répond plus… Même pas à ses ambassadeurs. C’est du moins une explication avancée. Les dossiers d’ONG s’empilent donc dans les ambassades, tandis que les gentils organisateurs volontaires pleurent toutes leurs larmes en attendant que ça passe. Mais ça n’a pas l’air de passer, j’ai donc usé de différents contacts pour essayer de débloquer la situation, dont certains assez inattendus. Qui ont peu fonctionné jusqu’à ce jour…

Suite du feuilleton, la semaine prochaine.
Ca fait plus de quatre mois que ça dure. Me revient donc notre fameuse phrase: « in India, if you have patience you will lose it, if you don’t you will learn it… »
Amis de la poésie indienne, je vous souhaite la bonne nuit!

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AUTRE PAUSE

La vie est obscurité,
Sauf là où il y a élan.
Et tout élan est aveugle,
Sauf là où il y a savoir.
Et tout savoir est vain,
Sauf là où il y a travail.
Et tout travail est vide,
Sauf là où il y a amour.

Khalil Gibran

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UN MEDECIN CHINOIS?

Merci à ceux qui se et me demandent où je suis. Pas en Belgique, mais pas encore en Inde non plus…

Atterri tôt ce matin à Shanghai, j’ai pris le train magnétique aérien qui relie l’aéroport à la ville à 300 km/heure. La Chine avance vite, non? Après une petite heure dans un réseau de métro aussi propre qu’efficace, je me suis retrouvé sur le trottoir d’un quartier excentré pour savourer et dévorer une soupe de nouilles. Humm. C’est la vie, ça. Bon d’accord, je n’ai pas fait tout ce trajet pour satisfaire mes papilles gustatives et mon attirance pour la culture chinoise. Je vous parle depuis un bout de temps de nos efforts pour trouver un médecin chinois désireux de venir nous aider à Bombay. Il y a un mois, un candidat, que nous n’espérions plus trop, s’est présenté. Il semble remplir une bonne partie des conditions requises (pas toutes, entre autres la connaissance de l’anglais). Il fallait maintenant le rencontrer en personne pour tâter l’homme en chair et un os, le regarder dans les yeux en s’assurer qu’il a l’étoffe pour se retrouver 8 mois dans notre bidonville.
15h55, heure locale, j’attends le médecin qui va organiser la rencontre. Bouddhiste. Son dojo est délicieusement calme après une nuit blanche transcontinentale.

Quant au visa indien, beaucoup de tentatives via différents contacts pour approcher directement Delhi la silencieuse, mais peu de réponses encore. Qui parlait d’avoir et perdre sa patience?!

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DANS L’ATTENTE UTILE?

Que voulez-vous que je vous dise, moi?! Je sais que ce blog ne donne pas énormément de nouvelles, mais je suis toujours en Europe à attendre mon visa indien. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles? Mon oeil! Je m’impatiente, ras-le-bol. Ujwala aussi. Le dispensaire est ouvert mais tourne un peu au ralenti. Nous avons heureusement très bien avancé en ce qui concerne la formation des futurs étudiants indiens: quelques acupuncteurs européens dont certaines pointures ont proposé de se joindre à nous. Formidable. Nous avons sans doute aussi trouvé notre fameux médecin chinois, enfin. Une partie de ce bon monde arrive en Novembre. C’est très bientôt, deux mois. Il me faut rentrer et chercher urgemment des étudiants volontaires. Vite…

En attendant, j’essaie de promouvoir notre action « Acupuncteurs aux pieds nus » en Belgique. Autant que mon séjour forcé serve à quelque chose. Et il sert! Grâce entre autres à quelques articles de presse, dont en voici un bien mis bon synthétiseur de notre esprit, dans le magazine ELLE Belgique.  Vous aurez au moins de quoi lire. Nous continuons donc de cette manière -et par d’autres biais encore- à sensibiliser et réunir des fonds pour notre action dans ces bidonvilles que j’ai hâte maintenant de retrouver!

Walter Fischer « L’acupuncteur aux pieds nus » dans magazine ELLE Belgique, août 2009.




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PETITE PAUSE DEVIENDRA LONGUE

Sept semaines plus tard… toujours en Belgique. Pause forcée, l’ambassade Indienne effectue quelques « recherches » supplémentaires concernant mon activité en Inde. En attendant pas de visa, donc pas d’entrée. Et ceci sans aucune précision de date, sinon leur « rappelez dans 15 jours »… tous les 15 jours!
Je profite de notre plat pays en essayant d’organiser la relève à Bombay à partir d’ici. Tout semble bien se passer. Notre médecin Sri Lanka nous a quittés il y a trois jours mais la providence (vraiment) nous a déposé un acupuncteur américain qui a commencé il y a deux jours.
La mousson tombe sans excès encore, mais le toit du dispensaire fuit déjà.

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PETITE PAUSE (photos Lydie Nesvadba)

On me demande ce qu’il en est de notre nouveau grand dispensaire. Pas de nouvelles, que ce passe-t-il?
Ce qui ce passe c’est que je suis de retour en Europe pour renouveler mon visa et me la couler douce quelques semaines. La clinique est entre les mains du docteur Bandula Kumar, du Sri Lanka, dont je vous avais déjà parlé.
Les patients sont ravis et leur nombre a doublé semble-t-il depuis l’ouverture.
Ujwala veille au grain, sans problème me dit-elle.
Très satisfait, je profite du bon air d’ici.
Je retourne aux fourneaux début juillet.

Une petite histoire.
Depuis mes voyages dans les pays moins développés économiquement, je me pose souvent la question du prix à payer pour profiter de plus de confort matériel. Les pauvres, heureux malgré eux? La vie dans les bidonvilles d’Inde est dure et injuste, et il faut lutter absolument pour y améliorer les conditions du quotidien.
Il y a quelques semaines, je me promenais dans un quartier « redéveloppé »: on détruit les taudis pour construire des buildings à 15 étages. De l’eau courante, des toilettes, de vrais murs, une chambre supplémentaire. Mais quelque chose manque. En construisant trop vite, trop bon marché, en se foutant des futurs habitants, on détruit leur articulation sociale, l’humanité qui les unit.
A la fin de l’aménagement de notre nouveau dispensaire, plus grand plus beau, je trottais sans arrêt, insatisfait, dans tous les coins de cette vaste pièce. Quelque chose manquait. Je me doutais de quoi, mais laissai faire.
Le tout premier jour après l’ouverture, une vieille patiente, sur un lit au milieu de ce nouvel espace, attend qu’on lui enlève les aiguilles. Sur pieds, ses premiers mots ont été: « je me sens seule ici ». Dans la minute, nous avons regroupé les lits et du coup rapproché les gens. Le lendemain, l’atmosphère avait gagné le coeur de nos patients resserrés rassurés.

Comme si la pauvreté malgré elle, malgré ses inacceptables souffrances, gardait les hommes plus proches… unis?

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LYDIE ET LES PRINCESSES

Le mois dernier, Lydie Nesvadba, une copine photographe est venue passer 10 jours à Bombay pour faire un reportage. Je ne sais pas quel sera le titre final de son travail mais son idée était de photographier « les princesses des bidonvilles », des femmes dans leur maison, leur environnement. Ujwala, les travailleuses sociales et les patientes à qui j’avais parlé de cette idée, ont été emballées par le fait que quelqu’un ait envie de montrer autre chose que la crasse et la misère des bidonvilles. Qui sont des endroits pleins de vie, de beauté et de beautés. Ce sont elles qui se sont occupées de Lydie pendant 9 jours, l’ont guidée à travers leur rues, présentée à leurs voisines, leurs cousines, leurs amies.
Elle m’envoie de temps en temps une photo de Bruxelles, au fur et à mesure du développement.
Je me permets de vous mettre l’eau à la bouche.

http://lydienesvadba.com


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QUESTION DU JOUR

En pleins travaux pour l’ouverture de notre nouveau « centre », je passe beaucoup de temps dans le quartier de notre dispensaire (puisque nous ouvrons deux rues plus loin). Je vois la majorité de nos patients dans leur environnement et prends le temps de parler aux voisins, amis… Je me rends compte une fois de plus qu’une partie de ces patients aurait certainement les moyens de payer 50 ou même peut-être 100 roupies au lieu des 10 roupies que nous leur demandons aujourd’hui.

Je ne suis pas venu en Inde pour ça. Je ne veux pas dépenser mon temps, mon argent et votre argent pour çà!

Comment agir correctement? Comment mieux organiser notre action? Comment lui donner la juste direction?

Je reviens à mon idée de base: pour atteindre les plus démunis et ne pas attirer les  moins démunis, il faut nous enfoncer et nous installer plus profondément dans les bidonvilles.
Ce que nous ferons dès que possible avec notre prochain dispensaire..

Une autre solution est de créer des cartes d’enregistrement qui donne accès à nos soins uniquement aux plus pauvres, identifiés par nous ou par des travailleurs sociaux d’autres ONG avec qui nous pouvons collaborer.

Et aussi prévoir régulièrement des journées éducatives pour expliquer à des populations ciblées ce qu’est l’acupuncture et surtout à quoi elle peut leur servir.

C’était ma rogne du jour, merci de l’avoir écoutée

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