LE TAMIL NADU A PIEDS NUS

Il est temps de parler du Tamil Nadu. J’ai attendu avant de poser le sujet sur le blog, je connais trop bien la fragilité de nos actions et les obstacles qui entravent les réalisations. Rien de gagné encore pour Acupuncteurs aux Pieds Nus, mais certaines choses se mettent en place et valent la peine, je pense, d’être racontées.

L’idée d’aller explorer cette partie de l’Inde vient du fait que l’un de nos stagiaires (en réalité, le seul à ce jour) -Mohamed Rafi- est originaire de cette région, et son grand-père, le Dr Abdula Segu, a créé il y a 15 ans une école d’acupuncture, du nom d’ATAMA. Le Dr Abdula était (il est malheureusement mort dans un accident de voiture en 2005) un personnage charismatique avec une véritable vision pour l’acupuncture dans « un monde sans maladie ». De cette école sont sortis des centaines d’acupuncteurs, dont beaucoup sensibilisés au rôle éventuellement social de cette médecine chinoise.

J’ai rencontré en février 2010 l’actuel directeur de cette école, à qui j’ai proposé de collaborer pour ouvrir des dispensaires en milieu rural. Nous avons donc utilisé ce réseau et nous voilà sur les routes du sud, à la recherche de villages pauvres et à la rencontre d’acupuncteurs formés par ATAMA, désireux de participer à une action humanitaire. Il était assez clair que le niveau d’acupuncture de ces personnes ne serait pas très élevé: principalement parce que les formations en acupuncture en Inde sont insuffisantes et ensuite parce que, comme partout, ceux qui ont un niveau plus élevé grâce à de nombreuses années d’étude et de travail, ont leur propre cabinet et tout naturellement peu de temps pour du travail social.

Il fallait prendre une décision quant à la manière de procéder. Je me suis questionné sur mon expérience à Bombay, où j’ai imposé d’emblée une acupuncture, une organisation, des règles, une discipline… à l’occidentale que je tiens à bout de bras (du moins j’essaie). Le résultat est une structure qui vit difficilement sans moi. Cette organisation, que je force tous les jours à rester cohérente, a tendance pendant mon absence à se relâcher et prendre le chemin élastique. Avec des proportions indiennes qui ne sont pas acceptables à mes yeux. De plus, vouloir commencer un projet à un niveau d’exigence inadapté, peut faire perdre beaucoup de temps et de bonnes personnes en route. Pourquoi ne pas essayer de penser autrement?

J’ai donc décidé d’agir dans le Tamil Nadu à l’inverse de Bombay: installer des dispensaires en n’intervenant que très peu au départ et laisser faire au début. Donner aux acupuncteurs intéressés de travailler avec nous, la possibilité de prendre possession de l’endroit, en l’organisant à leur manière, en y mettant un système propre à la mentalité indienne (car oui, elle est différente de la mentalité occidentale). Ensuite, par des voyages réguliers sur place, nous organiserons des formations afin de relever patiemment, petit à petit, le niveau de chaque aspect de nos cliniques de village.

Vous allez me dire: mais comment oses-tu ouvrir un dispensaire avec un acupuncteur avec un niveau insuffisant? De quel type de responsabilité fais-tu ainsi preuve par rapport aux patients?Je vous réponds (et croyez-moi j’y ai beaucoup réfléchi) que ces acupuncteurs ont fait des études, obtenu un diplôme d’acupuncture reconnu pour le gouvernement indien et pratique déjà dans leur cabinet. Ils ont un niveau qui leur permet de faire du bien sans faire de mal, ça me suffit. Pour commencer.

Je vous raconterai dans le billet suivant quelle est la situation après l’ouverture en juin de notre premier dispensaire. Vous serez surpris (moi, je l’ai été). Je vous parlerai aussi de deux belles femmes qui se sont proposées pour s’occuper de notre second dispensaire. Voici de quoi vous mettre l’eau à la bouche.

 

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2 réponses à LE TAMIL NADU A PIEDS NUS

  1. Claudine dit :

    Bonjour,
    j’ai découvert votre projet par hasard, c’est remarquable et passionnant. Je vois que votre dernier post date de 2010, et j’aimerais connaître la suite de vos actions, ses développements.
    Etes-vous toujours à Bombay, ou peut-être déjà dans un autre pays ?
    Avez-vous arrêter le blog, ou créé un nouveau ? si oui, pourriez-vous me communiquer le lien ?
    Y-a t-il des possibilités d’aider sur le terrain sans être acupuncteur ?
    Merci pour tout ce que vous faites.
    Amitiés,
    Claudine

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