RETOUR EN VILLE

Voici enfin quelques nouvelles. Les journées ont été courtes depuis mon retour à Bombay, ou alors le corps et la tête trop fatigués. Faut reprendre le rythme.

Quel énorme plaisir de retrouver l’Inde, la clinique, mon appartement, les rues colorées…! Plaisir assez inattendu, il faut bien le dire, j’avais beaucoup de craintes durant les dernières semaines en Belgique, à trop réfléchir et douter: peur de retrouver cette mega ville, bruyante et polluée, faire face aux indéfinis et infinis obstacles de notre petite entreprise, de retrouver la léthargie indienne. Pourtant dès la sortie de l’avion, je respirai avec bonheur l’odeur moite typique de Bombay, réalisant sans doute à quel point l’inconfort et l’imprévisible m’avaient manqué.

Jacques m’attendait à l’aéroport et avait préparé le terrain. Après le passage de plusieurs acupuncteurs et la fermeture pendant quinze jours de la clinique, il avait remis les choses en place et réinstallé une excellente ambiance, chaleureuse, après avoir rapidement conquis notre petite équipe et les patients.

Nous avons travaillé trois jours ensemble avant qu’il ne reparte déjà. Dommage.

La clinique a souffert de la mousson et des mauvaises conditions du bâtiment: une humidité crasse l’a rongée en à peine six mois. Mais les patients sont là et l’équipe est bien rodée. Notre nouvelle traductrice et assistante, Pooja, est charmante, efficace et organisée. Notre stagiaire et assistant, Mohammed est toujours au poste, même si toujours aussi flou, bavard et pas vraiment fiable. Mais il est motivé, je verrai si nous parvenons à le former convenablement. Et bien sûr Ujwala qui s’est occupée de presque tout pendant mon absence.

Pouvoir à nouveau traiter et être au contact de nos patients des bidonvilles m’ont donné un sentiment formidable de joie et de clarté. Ce sentiment, très rare chez moi, qui m’apaise, me rassure dans mon choix et qui permet quelque temps d’espérer que la vie peut être simple.

La première semaine, il nous est en plus arrivée une chouette histoire, qui m’a aidé à penser que le retour se faisait sous de bons augures. J’ai accepté un patient qui m’avait appelé par téléphone, pas quelqu’un des bidonvilles. Je lui ai expliqué que nous ne traitions que les habitants des quartiers pauvres,  mais je n’ai pas eu le coeur à le refuser. Il semblait mettre beaucoup d’espoir dans l’acupuncture. Des problèmes cardiaques l’empêchent de se faire opérer pour de fortes douleurs lombaires. Le dispensaire était plein quand il est arrivé ce matin-là. Il a dû attendre une grosse heure avec les patients du quartier. Ce qu’il a fait sans se plaindre. Je l’ai finalement écouté et traité. Après le traitement, il m’a dit très simplement: « J’ai attendu longtemps ici, j’ai observé et écouté vos patients, j’ai vu ce que vous faisiez. J’aimerais faire une petite contribution à votre travail. Petite et insuffisante, certainement. 100,000 roupies indiennes ». Ça représente 1500 euros, ce qui est déjà une très belle donation chez nous en Europe, mais vous imaginez ici!

Depuis, le rythme s’est installé: 20-25 patientes les lundi, mercredi et vendredi, 15-20 patients les mardi et jeudi. Je ne me lasse pas d’entendre telle vieille ou tel monsieur aux dos douloureux nous raconter comment son quotidien s’améliore. Mais je revois des gens qui viennent se faire traiter depuis plus d’un an et je continue donc à penser qu’il faut beaucoup améliorer la qualité et l’efficacité de nos soins. Nous devrions refuser cinquante personnes tous les jours avec une médecine aussi puissante et gratuite! Au moins que, comme me le répétait encore Jacques, parce qu’on se pourra jamais changer leurs conditions de vie, il faille faire preuve d’avantage de patience…?

Je me suis fixé deux objectifs clairs pour la fin mai 2010: régulariser ma présence en tant qu’acupuncteur volontaire en Inde et trouver suffisamment d’étudiants pour lancer le programme de formation. Je crois que si nous ne parvenons pas à remplir ces deux objectif dans 6 mois, il serait sage de revoir notre stratégie et sans doute d’abandonner l’action à Bombay pour envisager une destination plus adéquate et moins coûteuse.

Notre équipe devrait s’agrandir d’ici peu: Marie, une laborantine française qui va développer l’usage des huiles essentielles et des plantes médicinales, arrive le 7 janvier pour une année. Ryan, un acupuncteur canadien nous rejoint le 22 février pour 3 mois et le Dr Jiang, de Shanghai, devrait être des nôtres vers la fin février, pour 6 mois, mais il reste quelques problèmes à résoudre à son sujet.

La semaine prochaine, je vous raconte une autre histoire: la rencontre avec Marie et la société Pranarôm.

Nous fermons le dispensaire aujourd’hui, vendredi pour le remettre en état, trois journées de travaux. J’en profite pour aller faire quelques contacts et essayer de régler des problèmes administratifs.

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