PETITE PAUSE (photos Lydie Nesvadba)

On me demande ce qu’il en est de notre nouveau grand dispensaire. Pas de nouvelles, que ce passe-t-il?
Ce qui ce passe c’est que je suis de retour en Europe pour renouveler mon visa et me la couler douce quelques semaines. La clinique est entre les mains du docteur Bandula Kumar, du Sri Lanka, dont je vous avais déjà parlé.
Les patients sont ravis et leur nombre a doublé semble-t-il depuis l’ouverture.
Ujwala veille au grain, sans problème me dit-elle.
Très satisfait, je profite du bon air d’ici.
Je retourne aux fourneaux début juillet.

Une petite histoire.
Depuis mes voyages dans les pays moins développés économiquement, je me pose souvent la question du prix à payer pour profiter de plus de confort matériel. Les pauvres, heureux malgré eux? La vie dans les bidonvilles d’Inde est dure et injuste, et il faut lutter absolument pour y améliorer les conditions du quotidien.
Il y a quelques semaines, je me promenais dans un quartier « redéveloppé »: on détruit les taudis pour construire des buildings à 15 étages. De l’eau courante, des toilettes, de vrais murs, une chambre supplémentaire. Mais quelque chose manque. En construisant trop vite, trop bon marché, en se foutant des futurs habitants, on détruit leur articulation sociale, l’humanité qui les unit.
A la fin de l’aménagement de notre nouveau dispensaire, plus grand plus beau, je trottais sans arrêt, insatisfait, dans tous les coins de cette vaste pièce. Quelque chose manquait. Je me doutais de quoi, mais laissai faire.
Le tout premier jour après l’ouverture, une vieille patiente, sur un lit au milieu de ce nouvel espace, attend qu’on lui enlève les aiguilles. Sur pieds, ses premiers mots ont été: « je me sens seule ici ». Dans la minute, nous avons regroupé les lits et du coup rapproché les gens. Le lendemain, l’atmosphère avait gagné le coeur de nos patients resserrés rassurés.

Comme si la pauvreté malgré elle, malgré ses inacceptables souffrances, gardait les hommes plus proches… unis?

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